D’une langue à l’autre... Résidence de Velibor Čolić à Marseille

"Manuel d’exil" le lundi 30 juin 2014 à 19h00

, par Peuple et Culture

Rendez vous à Peuple et Culture Marseille pour une lecture d’extraits du prochain livre de Velibor Colic

Ouverte au mois de mai 2014, la résidence de Velibor Čolić au sein de Peuple et Culture Marseille se poursuivra jusqu’au 31 novembre 2014.

Velibor Čolić habite aujourd’hui la langue française. Entre orient et occident, sur la frontière, jetant des ponts par l’écriture, il n’a pas la langue dans sa poche. Exilé politique, Il n’a de cesse de revenir sur l’histoire complexe des Balkans, à travers son histoire, celle d’un enfant sous Tito, l’évocation des personnes tuées lors de la guerre, des récits de la barbarie de la guerre civile, … et d’interroger les frontières, plaies ouvertes sur le territoire européen. Écriture mosaïque, d’où émerge l’histoire complexe d’un territoire, d’une ville, d’un pays, celui de la Yougoslavie, d’un continent européen, à travers des histoires singulières.

Issus des tourments de la mémoire, portés par une langue musicale, par petites touches, les romans de Velibor Čolić nous emportent par leur puissance narrative et leur rythme particulier. Ses récits dessinent des figures humaines, qu’il réinvente la vie d’Amadéo Modigliani ou celle de Ben Webxter, qu’il fasse le portrait des acteurs de l’histoire de Sarajevo … Avec dureté et tendresse, avec dérision et désespoir, il conte les histoires des hommes car les histoires durent plus longtemps que les hommes. Et ce, dans une langue poétique et limpide, précise.

Ederlezi retrace l’histoire, à travers le xxe siècle, d’un fameux orchestre tzigane composé de musiciens virtuoses, buveurs, conteurs invétérés, séducteurs et bagarreurs incorrigibles. Ils colportent leurs blagues paillardes, leurs aphorismes douteux et leurs chansons lacrymogènes de village en village. L’orchestre sombrera dans les grands remous de l’histoire : englouti en 1943 dans un des camps d’extermination où périrent des milliers d’autres tziganes, il renaîtra pour être de nouveau broyé par la guerre d’ex-Yougoslavie en 1993. Chaque fois, le meneur de l’orchestre, Azlan, semble se réincarner. On le retrouve finalement dans la jungle de Calais en 2009, parmi les sans-papiers qui cherchent un destin aux franges de la modernité.

« "De mon vivant, j’étais de partout et de nulle part, j’étais tout le monde mais aussi personne. J’étais un grand soleil et parfois des nuages ; tantôt l’ombre mais très souvent la lumière. J’étais l’eau fraîche et le sang chaud, l’enfant illégitime de chaque nation. Moustachu, barbu et pieds nus ; j’étais le saint des pauvres et le sel de la terre. J’étais l’oiseau, les percussions et chaque instrument à cordes. Compteur et conteur, poète et chanteur. J’étais celui qui porte le violon sur son épaule ; celui qui rendait vos rêves possibles. J’étais voyageur, fou du roi, paysan sans terre et apôtre, témoin et traître.J’ai fait mille fois l’amour et jamais la guerre" »

Velibor Čolić


Né en Bosnie en 1964, fait des études de lettres et de langues yougoslaves à Sarajevo et Zagreb. De 1989 à 1991, il travaille comme critique littéraire et critique rock à la radio régionale de Modrica. En 1991, après l’arrivée au pouvoir du parti nationaliste d’extrême droite, il est renvoyé de la radio. Désertant la guerre dans les Balkans, il se réfugie en France en 1992. Velibor Čolić a vécu une dizaine d’années à Strasbourg, durant laquelle il a notamment collaboré aux chroniques musicales du quotidien régional, avant de s’installer en Bretagne où il vit actuellement. Par son écriture, il évoque et exorcise son expérience de soldat, de prisonnier et de réfugié. En serbo-croate, puis directement en français depuis 2008, il se penche sur sa jeunesse avec tendresse et drôlerie, évoquant sa propre histoire et celle de la Yougoslavie d’avant guerre.
« J’ai loué une langue, le français. Ce n’est pas la mienne, je n’en suis pas le propriétaire, mais c’est comme dans une maison qu’on loue : on finit par s’y sentir à l’aise. »

plus d’informations sur le site de [Peuple et Culture Marseille->http://www.peuple-culture-marseille.org/activites/residence/dimitri-bortnikov/velibor-colic-2014