Université d’été 1999

S’engager aujourd’hui : pour quoi, comment ? L’apport de l’éducation populaire

, par Peuple et Culture

S’engager contre, s’engager pour

Joseph Rovan

« Je suis entré à Peuple et Culture en octobre 1945, quelques mois après être revenu du camp de concentration de Dachau et avoir fait un peu le tour de la France que je redécouvrais. Nous n’avions pas eu la joie de participer à la Libération et il fallait se retrouver dans une France différente : différente de celle de la Résistance mais aussi de celle d’avant la guerre. Dans cette société différente, qui redevenait une démocratie, avec une politique différente, j’ai trouvé un mouvement qui avait été créé par des amis résistants. Rendre la culture au peuple et le peuple à la culture. Mes amis se reconnaissaient dans cette devise qui fut la nôtre et qui est encore la vôtre aujourd’hui. En quelque sorte, il s’agissait de continuer ce qui avait motivé notre engagement dans la Résistance face au pouvoir hitlérien et face à ses collaborateurs français. Quand nous sommes revenus de Dachau et que nous avons fait Peuple et Culture, nous savions justement que c’était pour empêcher qu’il y ait de nouveaux Dachau, ce qui impliquait aussi que nous ne fassions pas la confusion entre le mal absolu, que représentait la dictature hitlérienne, et le mal relatif, que pouvait représenter tel ou tel moment de l’histoire d’une relative démocratie toujours améliorable, alors qu’il est évident qu’il n’y a aucune amélioration possible à la dictature. Il est essentiel de bien comprendre la différence entre ces deux engagements qui sont l’un et l’autre nécessaires : l’engagement contre, le combat contre le mal quasi absolu, les dictatures qu’elles soient hitlérienne ou stalinienne, et l’engagement pour, le combat pour améliorer la société qui nous entoure. »

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Militer sans doute, s’engager peut-être, s’associer assurément

Jean-Pierre Rioux

Jean-Pierre Rioux est inspecteur général de l’Education nationale, professeur d’histoire et chercheur, fondateur à l’Institut d’Histoire du Temps Présent. Il est l’auteur, entre autres, de : La IVe République, Point Seuil, 1980 La Révolution Industrielle, Seuil, 1980 Il écrit une chronique dans Le Monde et participe aux revues Histoire et XXe Siècle.

« Les hommes et les femmes qui, de fil en aiguille, se sont engagés, ont toujours précédé la cause pour laquelle ils s’engageaient. Le militantisme précède l’engagement. Le militantisme repose sur une idée forte très contemporaine, une idée laïque issue de la Révolution française : l’homme est au cœur de la société, il a la possibilité de maîtriser le temps dans lequel il vit, il a donc la possibilité d’un accomplissement personnel à travers la conscience qu’il prend de l’historicité de son être et de son action. Militer : sans doute. Avant la naissance, le développement ou le déclin de toute forme d’organisation à travers laquelle on s’engage, avant même toute forme cristallisée d’idéologie de l’engagement, des individus, socialement et culturellement typés, se sont mis en mouvement. L’entrée dans l’historicité, cette bataille contre le temps qui est la source profonde de tout engagement, vient d’un souci de perfectionnement de soi-même. Les formes de militance et d’engagement accompagnent l’être dans une sorte d’éducation permanente de soi-même. »

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Engagement et désengagement des intellectuels depuis la seconde guerre mondiale

Caroline Brossat

« Cette intervention apportera des éléments de réflexion sur la notion d’engagement européen des intellectuels, à travers quelques périodes clés de la construction européenne. Elle mettra aussi en relief comment les intellectuels ont été suivis puis abandonnés par l’opinion publique, et comment ils se sont réapproprié l’espace européen. »

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Caroline Brossat, intervention Université d’été 1999, Peuple et Culture

Un témoignage d’engagement syndical

Charles Piaget

Charles Piaget habite Besançon. Il a 71 ans. De 1946 à 1983, il a travaillé à LIP. Syndiqué CFTC dès 1949, puis CFDT, délégué du personnel en 1954, délégué du Comité d’entreprise, délégué syndical, il a enchaîné des mandats, en continu, jusqu’en 1979. Puis il a été membre de la coopérative montée par les LIP en 1980 jusqu’en 1983. A la retraite depuis 1988, il milite à A.C. (Agir ensemble contre le chômage) depuis sa création en 1993. Il a participé au conflit LIP en 1973-1974, année suivie d’un autre conflit de 1976 à 1980, soit plus de 5 années très dures.

« Les années d’apprentissage 1946 : premier emploi chez LIP comme "faiseur d’estampes". Je découvre une entreprise "paternaliste et moderne" et je m’y plais. Fred LIP, le patron, est très en avance : des méthodes de travail modernes, un journal d’entreprise - "Horizons nouveaux" -, une heure et demie de sport par semaine pour les ouvriers. Le vendredi soir, le patron s’adresse à tout le personnel au moyen de hauts parleurs. 1949 : première désillusion. Je découvre que l’entreprise est gouvernée par d’autres considérations que la logique et la reconnaissance du travail bien fait. Un sentiment d’injustice domine. En effet, au retour du service militaire obligatoire, LIP annonce au groupe de jeunes de retour de l’armée qu’ils ne seront pas repris. Nous obtenons un entretien avec le chef du personnel et une semaine après, nous sommes repris. Mais je suis ébranlé, moi qui croyais à la logique et au mérite dans le travail. »

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Charles Piaget, intervention Université d’été 1999, Peuple et Culture

Fonctionnaires et militants, un exercice de citoyenneté

Claude Rouot

« En 1997, lorsque le maire de Château Vallon a mis en place son programme de conquête culturelle, nous nous sommes sentis obligés de réagir. Un petit tract, puis un rendez-vous aux colonnes Buren où nous nous sommes retrouvés à 300 personnes : on a senti qu’il y avait là quelque chose de très réactif, sur une cause qui concerne les gens dans leur situation de travail. On savait qu’au FN, et pour l’extrême droite en général, la conquête du pouvoir passe par la conquête culturelle et, pour nous, fonctionnaires, il fallait prendre position collectivement sur ce thème. L’administration est une organisation pesante, de type militaire, les directives viennent d’en haut et ne permettent pas d’initiatives à la base. Mais, en même temps, les politiques nous demandent de leur apporter des idées, ce qui nous donne une certaine conscience de la responsabilité. Sans empiéter sur le politique et en restant chacun dans son rôle, on s’est aperçu que ce rôle pouvait être un tout petit peu élargi. On a donc décidé de constituer une association pour comprendre et agir. Nous avions besoin d’être mieux informés. Il faut analyser les textes et les positions de l’adversaire, comprendre quelle politique culturelle le FN souhaite mener. Il faut voir l’ennemi en face. Il y avait la question des bibliothèques, la querelle sur l’art contemporain et, plus largement, la question des cultures urbaines. Par rapport à toutes ces questions, le ministère de la Culture est relativement frileux. Il incarne le bastion du patrimoine, des artistes et de l’action culturelle. Il est beaucoup plus hésitant par rapport aux politiques de la Ville et aux actions interministérielles. La culture doit donner du sens à la société. »

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Claude Rouot, intervention Université d’été 1999, Peuple et Culture