Cinéma Documentaire

Peuple et Culture et le cinéma documentaire de création

, par Peuple et Culture

Le cinéma documentaire touche à la fois à l’intime et à l’universel, agit à l’articulation entre sensible et savoir, suscite la connaissance, la découverte et l’appropriation de territoires inconnus, convoque plaisir, émotions, questionnement sur soi et sur le monde, et contribue à la construction d’une pensée collective.

Depuis plus de dix ans, un certain nombre d’associations Peuple et Culture s’engagent dans des actions de diffusion de cinéma documentaire, renouant ainsi avec une partie de l’histoire de Peuple et Culture dans les années 50. C’était alors la période féconde des ciné-clubs, au cours de laquelle les animateurs du mouvement travaillaient en étroite complicité avec quelques-uns de ceux qui faisaient vivre le cinéma de ces années-là, Chris Marker, Alain Resnais, René Vautier, Joris Ivens, André Bazin pour ne citer qu’eux. Ils se disaient "militants culturels" et inventaient des méthodes pour créer une relation vivante au cinéma et en faire un véritable outil de développement culturel.

Le cinéma documentaire fédère nos envies et nos préoccupations : il touche à la fois à l’intime et à l’universel ; il agit à l’articulation entre sensible et savoir ; il suscite la connaissance, la découverte et l’appropriation de territoires inconnus (géographiques et esthétiques) ; il convoque plaisir, émotions, questionnement sur soi et sur le monde, et il contribue à la construction d’une pensée collective. Il nous amène aussi à questionner le rapport entre celui qui filme et celui qui est filmé, rapport entre le réel et ses représentations, et même l’organisation, le fonctionnement et le financement des médias et de la production audiovisuelle.

Le cinéma documentaire de création, cette partie de la production échappant aux diktats d’écriture et aux formatages qu’imposent la plupart des chaînes de télévision - connaît une floraison féconde, quitte à s’inscrire dans une économie alternative. Elle demeure malheureusement très peu connue d’un public plus large puisque sa diffusion reste assez confidentielle, limitée le plus souvent aux festivals et aux heures très tardives du petit écran.

Dans ce contexte, le rôle de structures telles que les nôtres est essentiel pour que puisse vivre et exister ce cinéma. Dans un univers saturé par le crépitement incessant et accéléré de l’actualité "globale" qui génère simultanément angoisse et indifférence, le cinéma documentaire de création offre d’autres temporalités. Il propose des formes singulières qui portent la trace de leur trajet. Non pas l’enregistrement d’un réel déjà donné mais un regard d’auteur construit au fil d’un processus d’élaboration et d’une recherche approfondie, à contre-courant des représentations univoques et des instantanés du réel.

Pour les militants d’éducation populaire que nous sommes, le cinéma documentaire est également un espace politique. En révélant des facettes de la réalité délibérément laissées dans l’ombre par les médias, le cinéma documentaire rencontre l’adhésion d’un public désireux d’une autre lecture du monde, d’autres repères pour comprendre, se situer et agir. Dans le contexte actuel, réaliser un film documentaire est un acte politique ; le montrer et le regarder le sont aussi.

Au sein du réseau Peuple et Culture, la programmation de cinéma documentaire est une affaire collective : des groupes de spectateurs-programmateurs participent largement aux choix des films au cours de séances en petit comité qui sont autant d’occasion de découvrir des films, d’en débattre, et d’effectuer un choix en préalable à l’organisation de séances pour un public plus large. Vécue collectivement, une séance de cinéma peut aussi être un moment de convivialité.

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